Secrets de la coiffure féminine médiévale : entre modestie, symboles et créativité #
Un voile, une résille, un cône de carton recouvert de batiste : entre le XIIe et le XVe siècle, la tête des femmes d’Occident change plusieurs fois de silhouette. Voici ce que les sources permettent réellement d’affirmer, coiffe par coiffe, siècle par siècle — et ce qu’elles ne disent pas.
- XIIIe siècle — cheveux nattés et couverts : touret, barbette, crespine, guimpe.
- Fin du XIVe siècle — apparition de l’escoffion, chignons relevés surmontés d’un balzo.
- À partir des années 1420-1430 — le hennin, d’abord réservé aux aristocrates, en France et en Bourgogne.
- La règle n’est pas uniforme — la convention européenne de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas suivie en Italie.
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Plan de l'article
- Secrets de la coiffure féminine médiévale : entre modestie, symboles et créativité
- Influence de la spiritualité et du statut social sur la chevelure féminine
- Les incontournables : voiles, coiffes et couvre-chefs emblématiques du Moyen Âge
- La chevelure dévoilée : les jeunes filles et le passage au statut de femme mariée
- Beauté idéale et front dégagé : l’art d’épiler la ligne des cheveux et le goût du blond
- Les tresses et attaches : créativité discrète sous la coiffe
- Coiffures spectaculaires de la fin du Moyen Âge : le hennin, l’escoffion et leur diffusion
- Trois idées reçues à écarter
- Questions fréquentes sur la coiffure féminine au Moyen Âge
Influence de la spiritualité et du statut social sur la chevelure féminine #
Dans l’Europe médiévale comme à Byzance, la chevelure féminine longue est associée à la séduction et à l’immodestie : d’où l’attente qu’elle soit dissimulée sous un voile, une capuche ou un bonnet, seules les vierges pouvant paraître en public tête découverte. En Italie du Sud, une femme non couverte est visuellement assimilée à une adultère ou à une prostituée.
Cette attente s’exprime aussi dans la théologie : Thomas d’Aquin (1225-1274) juge que les femmes réunies pour les mystères sacrés la tête découverte commettent une faute vestimentaire. C’est une position théologique, non une législation : les sources consultées ne documentent aucun concile ni texte de droit canon qui aurait rendu le voile obligatoire, à une date précise, pour toutes les femmes mariées d’Occident. Et la pratique varie — au XVe siècle, la convention européenne de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas adoptée dans l’Italie, plus chaude, où les laïques abandonnent le couvre-chef ou le remplacent par une gaze transparente.
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- Une attente, pas un uniforme : la norme est documentée à l’échelle de l’Europe chrétienne, sa mise en œuvre varie selon les régions et les siècles.
- Un marqueur de statut et de rang : voile et guimpe distinguent au XIIIe siècle veuves et religieuses ; la matière et le décor — soie, broderies d’or ou d’argent — séparent les femmes fortunées des autres.
Les incontournables : voiles, coiffes et couvre-chefs emblématiques du Moyen Âge #
Chaque pièce a sa date d’apparition et son aire de diffusion : les confondre revient à écraser trois siècles de formes sous une même image.
La chevelure dévoilée : les jeunes filles et le passage au statut de femme mariée #
La distinction la mieux établie n’oppose pas mariées et célibataires, mais vierges et autres femmes : dans l’Europe médiévale, seules les vierges peuvent paraître en public la tête découverte. Le XIIIe siècle en garde une trace matérielle précise — les jeunes filles portent parfois un bandeau, cercle de métal précieux ou de tissu qui enserre le front, là où les femmes couvertes empilent coiffe, barbette et voile.
En revanche, les cérémonies de voilement solennel décrites ici ou là — offrande de mèches, prise de coiffe devant témoins — ne figurent dans aucune des sources consultées pour cet article, et n’y sont donc pas reprises.
Une précision s’impose sur les Francs : chez les Mérovingiens (Ve siècle – 751), la chevelure longue est bien un attribut de pouvoir sacré, mais royal et masculin. C’est Grégoire de Tours qui forge l’image des « rois chevelus », et la déposition de Childéric III en 751 passe par sa tonsure. Ce symbolisme ne se transpose pas aux coiffures féminines des siècles suivants.
Beauté idéale et front dégagé : l’art d’épiler la ligne des cheveux et le goût du blond #
Au XVe siècle, les femmes les plus à la mode s’épilent le front et les sourcils. Le geste accompagne une évolution de la coiffure elle-même : au milieu du siècle, les cheveux longs sont tirés en arrière du front et la crespine, désormais appelée caul, se pose à l’arrière de la tête. Le front haut et dégagé n’est donc pas une lubie isolée mais la conséquence visible d’une silhouette de tête qui recule.
Le second idéal documenté est la couleur. Christine de Pizan, dans Le Livre des trois vertus — également connu sous le titre Le Trésor de la cité des dames — rédigé en 1405, écrit qu’il n’existe rien au monde de plus beau sur une tête de femme qu’une belle chevelure blonde. La littérature scandinave médiévale fait de la longue chevelure blonde le parangon de la beauté féminine en l’associant à l’or, les saintes en sont fréquemment parées, et l’héroïne de Tristan et Iseut en tire son surnom : Iseut la Blonde.
Les tresses et attaches : créativité discrète sous la coiffe #
Au XIIIe siècle, les cheveux sont « nattés le plus souvent et toujours couverts ». Le travail de tressage existe donc bel et bien, mais il se lit dans la silhouette plutôt que sur la chevelure elle-même. La crespine n’apparaît qu’à l’arrière de la tête ; coiffe et barbette restent blanches tandis que la résille peut être colorée ou dorée.
À la fin du XIIIe siècle, la construction se déplace : barbette et coiffe se réduisent à d’étroites bandes de tissu, l’ensemble de la coiffure peut être recouvert par la crespine, et le volume des cheveux se porte au-dessus des oreilles. Un siècle plus tard, l’escoffion fait remonter deux chignons au-dessus des tempes. La créativité n’est pas cachée par défaut : elle est déplacée vers ce que la coiffe laisse deviner — hauteur, largeur, éclat de la résille.
Coiffures spectaculaires de la fin du Moyen Âge : le hennin, l’escoffion et leur diffusion #
Le hennin apparaît en France autour de 1420-1430, puis se diffuse en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas bourguignons. Le terme lui-même se lit au XVe siècle dans les Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet. La forme est d’abord réservée aux femmes de l’aristocratie, avant de se répandre plus largement, surtout dans sa version tronquée.
Le détail de fabrication est bien attesté : un voile ou une gaze, fixé au sommet du cône par du fil d’archal, retombe le plus souvent sur l’avant-bras gauche. Le décor fait appel à la dentelle et aux broderies d’or ou d’argent, la soie étant réservée aux femmes fortunées. Et la longueur du voile signale le rang : à la taille pour la bourgeoisie, aux chevilles pour les épouses de chevaliers, en traîne pour les reines et les princesses.
La circulation ne s’arrête pas au Moyen Âge : au XVIe siècle, les Espagnoles, qui préféraient jusque-là les cheveux noirs, adoptent la pratique italienne consistant à teindre la chevelure en blond ou en roux. Les formes de tête suivent les routes des cours princières, pas une tradition unique.
Trois idées reçues à écarter #
- Costume au XIIIe siècle — touret, barbette, crespine, guimpe, nattes.
- Escoffion et Hennin — datation, armature, hauteurs, voile.
- 1400–1500 in European fashion — épilation du front, caul, exception italienne.
- Mérovingiens — rois chevelus, tonsure de Childéric III (751).
- Une affirmation sur « la coiffure médiévale » n’a de valeur que datée et localisée : près de mille ans séparent le voile du XIIe siècle du hennin des années 1430.
- Le XIIIe siècle a son vocabulaire propre : touret, barbette, crespine, guimpe, cheveux nattés et couverts.
- L’escoffion (fin du XIVe siècle) et le hennin (à partir de 1420-1430) appartiennent à la fin de la période, d’abord à l’aristocratie de France et de Bourgogne.
- L’idéal du front dégagé et celui de la chevelure blonde sont documentés ; les recettes de soin qu’on leur associe ne l’étaient pas.
- La norme du couvre-chef est réelle, mais elle n’est pas uniforme : l’Italie du XVe siècle s’en écarte.




