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Secrets de la coiffure féminine médiévale : entre modestie, symboles et créativité

Secrets de la coiffure féminine médiévale : entre modestie, symboles et créativité #

Un voile, une résille, un cône de carton recouvert de batiste : entre le XIIe et le XVe siècle, la tête des femmes d’Occident change plusieurs fois de silhouette. Voici ce que les sources permettent réellement d’affirmer, coiffe par coiffe, siècle par siècle — et ce qu’elles ne disent pas.

En bref
Il n’existe pas une coiffure médiévale : le Moyen Âge couvre près de mille ans et tout l’Occident chrétien. Ce que les sources documentent, c’est une attente sociale — la chevelure féminine longue, associée à la séduction, se porte couverte d’un voile, d’une coiffe ou d’un bonnet — puis une succession de formes datées, chacune attachée à un siècle et à une aire précise.
  • XIIIe siècle — cheveux nattés et couverts : touret, barbette, crespine, guimpe.
  • Fin du XIVe siècle — apparition de l’escoffion, chignons relevés surmontés d’un balzo.
  • À partir des années 1420-1430 — le hennin, d’abord réservé aux aristocrates, en France et en Bourgogne.
  • La règle n’est pas uniforme — la convention européenne de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas suivie en Italie.
▶ YouTube Historic Royal Palaces En anglais
How Did Medieval Women Style Their Hair? — Historic Royal Palaces ▶
How Did Medieval Women Style Their Hair?
Vidéo en anglais, publiée par Historic Royal Palaces, organisme de bienfaisance indépendant qui gère les palais royaux inoccupés du Royaume-Uni (Tour de Londres, Hampton Court, Kensington…).

Influence de la spiritualité et du statut social sur la chevelure féminine #

Dans l’Europe médiévale comme à Byzance, la chevelure féminine longue est associée à la séduction et à l’immodestie : d’où l’attente qu’elle soit dissimulée sous un voile, une capuche ou un bonnet, seules les vierges pouvant paraître en public tête découverte. En Italie du Sud, une femme non couverte est visuellement assimilée à une adultère ou à une prostituée.

Cette attente s’exprime aussi dans la théologie : Thomas d’Aquin (1225-1274) juge que les femmes réunies pour les mystères sacrés la tête découverte commettent une faute vestimentaire. C’est une position théologique, non une législation : les sources consultées ne documentent aucun concile ni texte de droit canon qui aurait rendu le voile obligatoire, à une date précise, pour toutes les femmes mariées d’Occident. Et la pratique varie — au XVe siècle, la convention européenne de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas adoptée dans l’Italie, plus chaude, où les laïques abandonnent le couvre-chef ou le remplacent par une gaze transparente.

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  • Une attente, pas un uniforme : la norme est documentée à l’échelle de l’Europe chrétienne, sa mise en œuvre varie selon les régions et les siècles.
  • Un marqueur de statut et de rang : voile et guimpe distinguent au XIIIe siècle veuves et religieuses ; la matière et le décor — soie, broderies d’or ou d’argent — séparent les femmes fortunées des autres.

Les incontournables : voiles, coiffes et couvre-chefs emblématiques du Moyen Âge #

Chaque pièce a sa date d’apparition et son aire de diffusion : les confondre revient à écraser trois siècles de formes sous une même image.

XIIe-XIIIe siècle
Le voile et la guimpe
La guimpe s’accroche à la coiffe et couvre le cou ; associée au voile, elle habille surtout veuves, femmes âgées et religieuses. Chez les laïques, elle sort de la mode au XVe siècle, en premier lieu en Italie.
XIIIe-XVe siècle
Le touret
Une coiffe ronde, formée d’un voile qui recouvre le front. Trois siècles de longévité : l’une des pièces les plus stables du vestiaire féminin médiéval.
XIIIe siècle
La barbette
Une bande de tissu qui passe sous le menton et se porte sous la coiffe. Coiffe et barbette sont blanches ; à la fin du siècle, l’une et l’autre se réduisent à d’étroites bandes.
XIIIe siècle
La crespine
Une résille, dite aussi crespinette, qui enserre les cheveux et n’est visible qu’à l’arrière. Elle peut être colorée ou dorée, quand coiffe et barbette restent blanches.
Fin du XIVe siècle
L’escoffion
Les cheveux sont relevés au-dessus des tempes en un ou deux chignons, surmontés d’un balzo — bonnet de brocart ou de velours — sur une armature de fil d’archal. Les variantes du XVe siècle se déclinent en béret, en corne ou en voile ; des femmes bourguignonnes et flamandes en portent vers 1430-1440.
XVe siècle
Le bourrelet
Un rouleau rembourré posé autour de la tête, distinct du hennin conique. Une enluminure montre la reine Isabeau coiffée d’un bourrelet orné de joyaux, face à Christine de Pizan portant, elle, un hennin.
À partir de 1420-1430
Le hennin
Un bonnet pointu de carton ou de fil métallique, recouvert d’une étoffe légère (batiste). Hauteur courante : 28 à 46 cm, parfois plus de 74 cm. Surtout porté en Bourgogne et en France, également dans les cours anglaises et en Europe du Nord.

La chevelure dévoilée : les jeunes filles et le passage au statut de femme mariée #

La distinction la mieux établie n’oppose pas mariées et célibataires, mais vierges et autres femmes : dans l’Europe médiévale, seules les vierges peuvent paraître en public la tête découverte. Le XIIIe siècle en garde une trace matérielle précise — les jeunes filles portent parfois un bandeau, cercle de métal précieux ou de tissu qui enserre le front, là où les femmes couvertes empilent coiffe, barbette et voile.

En revanche, les cérémonies de voilement solennel décrites ici ou là — offrande de mèches, prise de coiffe devant témoins — ne figurent dans aucune des sources consultées pour cet article, et n’y sont donc pas reprises.

Une précision s’impose sur les Francs : chez les Mérovingiens (Ve siècle – 751), la chevelure longue est bien un attribut de pouvoir sacré, mais royal et masculin. C’est Grégoire de Tours qui forge l’image des « rois chevelus », et la déposition de Childéric III en 751 passe par sa tonsure. Ce symbolisme ne se transpose pas aux coiffures féminines des siècles suivants.

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Beauté idéale et front dégagé : l’art d’épiler la ligne des cheveux et le goût du blond #

Au XVe siècle, les femmes les plus à la mode s’épilent le front et les sourcils. Le geste accompagne une évolution de la coiffure elle-même : au milieu du siècle, les cheveux longs sont tirés en arrière du front et la crespine, désormais appelée caul, se pose à l’arrière de la tête. Le front haut et dégagé n’est donc pas une lubie isolée mais la conséquence visible d’une silhouette de tête qui recule.

Le second idéal documenté est la couleur. Christine de Pizan, dans Le Livre des trois vertus — également connu sous le titre Le Trésor de la cité des dames — rédigé en 1405, écrit qu’il n’existe rien au monde de plus beau sur une tête de femme qu’une belle chevelure blonde. La littérature scandinave médiévale fait de la longue chevelure blonde le parangon de la beauté féminine en l’associant à l’or, les saintes en sont fréquemment parées, et l’héroïne de Tristan et Iseut en tire son surnom : Iseut la Blonde.

Attention aux recettes attribuées au Moyen Âge
De nombreuses « recettes médiévales » de teinture ou d’épilation circulent — cendres et vinaigre, sang d’animaux, décoctions de camomille ou de safran. Aucune n’a pu être rattachée ici à un traité daté et localisé ; elles ont donc été écartées. Ce qui est documenté, c’est l’existence d’un traité de cosmétique salernitain du XIIe siècle, le De ornatu mulierum du corpus dit Trotula, qui traite des cheveux, du visage, des lèvres, des dents et de la bouche.

Les tresses et attaches : créativité discrète sous la coiffe #

Au XIIIe siècle, les cheveux sont « nattés le plus souvent et toujours couverts ». Le travail de tressage existe donc bel et bien, mais il se lit dans la silhouette plutôt que sur la chevelure elle-même. La crespine n’apparaît qu’à l’arrière de la tête ; coiffe et barbette restent blanches tandis que la résille peut être colorée ou dorée.

À la fin du XIIIe siècle, la construction se déplace : barbette et coiffe se réduisent à d’étroites bandes de tissu, l’ensemble de la coiffure peut être recouvert par la crespine, et le volume des cheveux se porte au-dessus des oreilles. Un siècle plus tard, l’escoffion fait remonter deux chignons au-dessus des tempes. La créativité n’est pas cachée par défaut : elle est déplacée vers ce que la coiffe laisse deviner — hauteur, largeur, éclat de la résille.

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Coiffures spectaculaires de la fin du Moyen Âge : le hennin, l’escoffion et leur diffusion #

Le hennin apparaît en France autour de 1420-1430, puis se diffuse en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas bourguignons. Le terme lui-même se lit au XVe siècle dans les Chroniques d’Enguerrand de Monstrelet. La forme est d’abord réservée aux femmes de l’aristocratie, avant de se répandre plus largement, surtout dans sa version tronquée.

Le détail de fabrication est bien attesté : un voile ou une gaze, fixé au sommet du cône par du fil d’archal, retombe le plus souvent sur l’avant-bras gauche. Le décor fait appel à la dentelle et aux broderies d’or ou d’argent, la soie étant réservée aux femmes fortunées. Et la longueur du voile signale le rang : à la taille pour la bourgeoisie, aux chevilles pour les épouses de chevaliers, en traîne pour les reines et les princesses.

La circulation ne s’arrête pas au Moyen Âge : au XVIe siècle, les Espagnoles, qui préféraient jusque-là les cheveux noirs, adoptent la pratique italienne consistant à teindre la chevelure en blond ou en roux. Les formes de tête suivent les routes des cours princières, pas une tradition unique.

Trois idées reçues à écarter #

« Le hennin, c’est le Moyen Âge »
Il n’apparaît qu’autour de 1420-1430, sur la dernière fraction d’une période de près de mille ans, et d’abord dans l’aristocratie. Sa notoriété actuelle tient surtout à ce qu’il est devenu l’attribut de la princesse de conte de fées.
« Toutes les femmes devaient se couvrir, partout »
L’attente est documentée à l’échelle de l’Europe chrétienne et de Byzance, et la tête nue est lourdement stigmatisée — mais la convention de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas acceptée en Italie. Une norme générale n’est pas une pratique uniforme.
« Chaque tresse et chaque couleur portait un code »
Les sources consultées documentent des formes, des matériaux, des aires de diffusion et des rangs. Elles ne décrivent aucune grammaire symbolique attachée au nombre de nattes ou à la teinte d’un ruban.
Sources consultées
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À retenir
  • Une affirmation sur « la coiffure médiévale » n’a de valeur que datée et localisée : près de mille ans séparent le voile du XIIe siècle du hennin des années 1430.
  • Le XIIIe siècle a son vocabulaire propre : touret, barbette, crespine, guimpe, cheveux nattés et couverts.
  • L’escoffion (fin du XIVe siècle) et le hennin (à partir de 1420-1430) appartiennent à la fin de la période, d’abord à l’aristocratie de France et de Bourgogne.
  • L’idéal du front dégagé et celui de la chevelure blonde sont documentés ; les recettes de soin qu’on leur associe ne l’étaient pas.
  • La norme du couvre-chef est réelle, mais elle n’est pas uniforme : l’Italie du XVe siècle s’en écarte.

Questions fréquentes sur la coiffure féminine au Moyen Âge #

Toutes les femmes devaient-elles couvrir leurs cheveux au Moyen Âge ?
L’attente est largement documentée dans l’Europe médiévale et à Byzance, et seules les vierges pouvaient paraître tête découverte. Mais au XVe siècle, la convention de couvrir entièrement les cheveux des femmes mariées n’est pas acceptée en Italie, où les laïques abandonnent le couvre-chef ou le remplacent par une gaze transparente.
Quand le hennin apparaît-il exactement ?
Il apparaît en France autour de 1420-1430, puis se diffuse en Italie, en Allemagne et dans les Pays-Bas bourguignons, ainsi que dans les cours anglaises. Sa hauteur va généralement de 28 à 46 cm et peut dépasser 74 cm.
Qu’est-ce que le touret, la barbette et la crespine ?
Le touret est une coiffe ronde formée d’un voile recouvrant le front, portée du XIIIe au XVe siècle. La barbette est une bande de tissu passant sous le menton, portée sous la coiffe. La crespine, ou crespinette, est une résille visible seulement à l’arrière : coiffe et barbette sont blanches, la crespine peut être colorée ou dorée.
Pourquoi les femmes s’épilaient-elles le front ?
Au XVe siècle, les femmes les plus à la mode s’épilaient le front et les sourcils. La pratique accompagne l’évolution de la coiffure : au milieu du siècle, les cheveux sont tirés en arrière du front et la résille, alors appelée caul, se porte à l’arrière de la tête.
Le blond était-il vraiment un idéal de beauté ?
Oui, et c’est attesté par des textes : Christine de Pizan écrit en 1405, dans Le Livre des trois vertus, qu’il n’existe rien de plus beau sur une tête de femme qu’une belle chevelure blonde. Les saintes en sont fréquemment parées, et l’héroïne de Tristan et Iseut est surnommée Iseut la Blonde.

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