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Élégance et révolution : les coiffures féminines du XIXᵉ siècle

Élégance et révolution : les coiffures féminines du XIXᵉ siècle #

Un siècle, quatre régimes, et des coiffures qui n’ont presque rien en commun d’un bout à l’autre. Entre la coupe courte héritée de la Révolution et la masse relevée de la fin du siècle, la chevelure féminine change de forme, d’outils et de signification. Voici ce que les sources permettent réellement d’affirmer, décennie par décennie.

En bref
Le XIXᵉ siècle ne connaît pas une coiffure féminine mais une succession de régimes capillaires. Il s’ouvre sur une coupe courte et se referme sur une chevelure longue, relevée et gonflée. Entre les deux, la raie médiane et les cheveux lissés sur les oreilles dominent le milieu du siècle.
  • 1791-1802 — la coupe « à la Titus », courte et bouclée, s’impose comme un geste politique.
  • 1820-1840 — boucles aux tempes, nœuds hauts, puis raie médiane et boucles longues encadrant le visage.
  • 1850-1870 — cheveux lissés ou bouffés sur les oreilles, chignon bas, résilles, puis volumes hauts et faux cheveux.
  • 1890-1900 — la masse est relevée au sommet du crâne : c’est la silhouette qui ouvrira le XXᵉ siècle.
Sept repères datés
1791
La coupe « à la Titus »
Popularisée, selon la tradition, par l’acteur François-Joseph Talma dans le Brutus de Voltaire.
1802
Plus de la moitié des élégantes
Le Journal de Paris rapporte que plus de la moitié des élégantes la portent, en cheveux ou en perruque.
Années 1820
Le nœud monte sur le crâne
Raie au milieu, boucles serrées sur les tempes, chignon arrière transformé en nœud bouclé porté haut.
Années 1830
Boucles, coques et nattes
Boucles, coques et nœuds s’étendent latéralement et vers le haut ; les nattes rejoignent un nœud sommital.
Années 1850
Les côtés bouffés
Raie médiane, natte enroulée derrière, côtés bouffés sur les oreilles, à la manière du début du XVIIᵉ siècle.
1878
Le postiche se généralise
L’ajout de postiches devient d’usage dans toutes les classes sociales.
1888
Le premier casque séchant
Alexandre Godefroy installe dans son salon un casque relié au conduit d’un poêle à gaz.

L’inspiration romantique : anglaises, chignons et tresses raffinées #

Le siècle ne commence pas par la boucle mais par les ciseaux. La coupe à la Titus — courte, dégradée, généralement bouclée — tranche radicalement avec les édifices capillaires et les perruques de l’époque précédente, et se lit comme une prise de position : un style « classique » dépouillé, débarrassé de l’excès aristocratique. En Angleterre, on l’appelle d’ailleurs coiffure à la guillotine. Dans les années 1810, la mode est déjà passée.

Entre 1795 et 1820, l’autre grande formule associe des masses de boucles sur le front et les oreilles à des cheveux longs ramenés à l’arrière en chignons souples ou en nœuds de Psyché. À la fin des années 1810, la raie se fixe au milieu et les boucles serrées se portent au-dessus des oreilles. Les anglaises — ces boucles en tire-bouchon obtenues en enroulant une mèche sur un fer fin — appartiennent à ce répertoire : un portrait de 1834 de Margaret Sarah Carpenter, celui de la comtesse Howe, en donne l’image type pour la fin de la période Regency.

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Les années 1820 puis 1830 poussent la construction plus loin : les boucles des tempes s’élargissent d’année en année, puis cheveux et nattes forment des coques et des nœuds qui s’étendent de part et d’autre de la tête et s’élèvent depuis le sommet du crâne. Dans les années 1840, on revient à plus de sobriété : raie médiane, longues boucles isolées retombant vers l’avant, ou cheveux latéraux lissés en arrière au-dessus des oreilles, parfois nattés.

L’essor des postiches et l’art du volume #

Le milieu du siècle privilégie d’abord la matité et la tenue. Dans les années 1850, la chevelure est coiffée simplement : raie au milieu, chignon ou natte enroulée derrière, côtés bouffés sur les oreilles ou grappes de boucles de chaque côté — une citation explicite des modes du début du XVIIᵉ siècle. Dans les années 1860, la même logique se raffine : les cheveux sont séparés au milieu puis lissés, ondulés ou gonflés sur les oreilles, avant d’être nattés ou relevés et épinglés en rouleau ou en chignon bas sur la nuque.

Le renversement se produit dans la décennie suivante. Pendant les années 1870, la coiffure à la mode est particulièrement haute et ornée : ramenée sur les côtés, portée en hauteur, et couramment montée avec des faux cheveux. Une grappe d’anglaises à la nuque est appréciée, de même qu’une frange sur le front. L’été 1867 avait déjà vu le chignon très porté et très commenté, décliné en formes variées. À partir de 1878, l’usage des postiches se généralise dans toutes les classes sociales : ce n’est plus un artifice de cour, c’est une pratique ordinaire.

Précision de vocabulaire
Le crêpage ne « rehausse » pas la fibre : il consiste à peigner la mèche à répétition vers le cuir chevelu pour l’emmêler et créer du volume. C’est aussi une technique abrasive — elle fragilise la fibre, peut entraîner des cassures à la longue et produit des nœuds difficiles à démêler près des racines.

Le langage social de la coiffure : entre distinction et imitation #

Ce qui circule au XIXᵉ siècle, ce ne sont pas d’abord des coiffures, ce sont des images de coiffures. La gravure de mode est le véhicule central de cette diffusion, et son industrialisation précède le siècle : La Galerie des Modes rassemble plus de quatre cents planches publiées entre 1778 et 1787 par les marchands d’estampes Jacques Esnauts et Michel Rapilly, et la mise en couleur des planches apparaît à partir de 1790. Le Lady’s Magazine, lancé en 1770, est l’un des premiers périodiques à en diffuser largement.

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Le relais se déplace ensuite. Dès les années 1830, des périodiques américains comme le Godey’s Lady’s Book, le Graham’s Magazine ou le Peterson’s Magazine publient leurs propres planches, souvent dérivées d’originaux français. L’échelle atteinte se mesure à un détail d’atelier : en janvier 1857, l’éditeur Louis Antoine Godey affirme que ses planches coloriées à la main surpassent toutes les autres et déclare employer cent cinquante coloristes. Certaines lectrices détachaient les planches de leur magazine pour les encadrer.

Pratiques et accessoires incontournables : de la coiffe à l’épingle #

Les accessoires de coiffure suivent la forme de la chevelure, et changent avec elle. Au début du siècle, les femmes mariées les plus conventionnelles portent des bonnets de lin dont les bords s’élargissent sur les côtés pour couvrir les oreilles ; à l’extérieur, les capotes et les chapeaux se garnissent de plumes et de rubans, et la coiffe dite cornette, nouée sous le menton et portée à l’intérieur, apparaît vers 1816, richement ornée de plumes, rubans, fleurs et bijoux — le turban en étant l’alternative.

Le bord suit ensuite la mode capillaire comme une ombre. Les capotes des années 1830 ouvrent un large bord semi-circulaire qui encadre le visage, lourdement garni de rubans et de plumes. Celles des années 1840 rapetissent et se dégarnissent, jusqu’à la forme dite coal-scuttle — « seau à charbon » — qui doit son surnom à sa ressemblance avec la pelle à charbon. Dans les années 1850, la coiffe d’intérieur n’est plus guère qu’une fanfreluche de dentelle et de rubans posée à l’arrière de la tête.

Trois usages souvent mal datés
  • La résille. Dans les années 1860, les résilles décoratives sont portées surtout par les jeunes femmes, le plus souvent dans une matière très fine assortie à la couleur naturelle des cheveux, parfois en fines bandes de velours ou de chenille.
  • Le mot « snood ». Le terme employé aujourd’hui par les reconstituteurs pour désigner cette résille n’est pas le vocabulaire des années 1860.
  • La capote contre le chapeau. Les capotes à bord haut, dites spoon bonnets, s’imposent au milieu du siècle, puis la capote sort de la mode au cours des années 1860 au profit de petits chapeaux. Dans les années 1870, ces chapeaux sont réduits et perchés au sommet du crâne, précisément pour laisser place aux édifices capillaires.

Pour les parures d’apparat, les sources des années 1830 mentionnent, en soirée, peignes, rubans, fleurs et bijoux, ainsi que bérets et turbans. La mode n’est pas pour autant une trajectoire unique : à Buenos Aires et à Montevideo, les peinetones, peignes monumentaux pouvant atteindre cent vingt centimètres de hauteur, triomphent dans la même décennie.

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Icônes et influences artistiques au fil du siècle #

Quelques figures ont laissé une documentation précise, et c’est à elles qu’il faut s’en tenir. L’impératrice Élisabeth d’Autriche portait des cheveux dont la teinte, blonde dans sa jeunesse, fonça vers le châtain, coiffés en compositions nattées élaborées. Le soin quotidien de cette chevelure exceptionnellement longue aurait pris plusieurs heures ; à son professeur de grec Constantin Christomanos, elle déclarait elle-même que « la coiffure prend presque deux heures ». Sa coiffeuse, Franziska Feifalik, venait du Burgtheater de Vienne, où elle coiffait les comédiennes. Une fois toutes les deux semaines, le lavage — à l’œuf et au cognac — occupait la journée entière : toutes les activités et obligations de la journée étaient annulées.

Côté français, l’impératrice Eugénie offre un cas documenté par les objets eux-mêmes : un diadème exécuté en 1853 par le joaillier Alexandre-Gabriel Lemonnier, une couronne de 1855 du même orfèvre, et les portraits que lui consacre Franz Xaver Winterhalter en 1853 en robe de cour et en 1854 en costume Marie-Antoinette. Une part de ces bijoux sera dispersée le 24 juin 1872 à Londres.

La photographie prend ensuite le relais de la peinture. Nadar (Félix Tournachon, 1820-1910) ouvre officiellement son atelier en 1854 et publie dès cette date une série de portraits photographiques de contemporains ; installé à partir de 1860 au 35, boulevard des Capucines, il photographie notamment Sarah Bernhardt. À la fin du siècle, Cléo de Mérode est l’une des premières femmes dont l’image photographique connaît une diffusion mondiale, grâce en particulier à Paul Nadar et surtout à Léopold-Émile Reutlinger ; en 1896, les lecteurs de L’Illustration l’élisent reine de beauté. La chevelure n’est plus seulement vue de près : elle est reproduite, imprimée et comparée à grande échelle.

La métamorphose des styles au tournant des années 1890 #

La décennie s’ouvre sur un héritage : au début des années 1890, les coiffures prolongent celles des années 1880, avec une frange bouclée ou crêpelée sur le front et les cheveux ramenés vers le sommet de la tête. Après 1892, l’influence de la Gibson Girl — la silhouette féminine dessinée par Charles Dana Gibson dans les années 1890 pour la publicité, puis reprise dans les journaux et magazines — devient déterminante. Au milieu de la décennie, la chevelure se fait plus lâche et plus ondulée, et la frange sort progressivement de la haute mode. À la fin des années 1890, les cheveux se portent en une large masse surmontée d’un chignon au sommet du crâne : c’est cette silhouette qui dominera la première décennie du XXᵉ siècle.

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Cette évolution s’appuie sur des gestes techniques identifiables. L’ondulation dite Marcel, obtenue au fer chaud, est attribuée au coiffeur Marcel Grateau (1852-1936), les sources situant son invention en 1872 ou en 1875 ; deux brevets américains suivront, l’un en 1905 pour un fer à friser, l’autre en 1918 pour un fer à onduler électrique. En 1888, le coiffeur français Alexandre Godefroy installe dans son salon le premier appareil de séchage : un casque fixe relié au conduit de cheminée d’un poêle à gaz, sous lequel il fallait rester assis.

La chimie capillaire naît dans le même intervalle, en marge de la coiffure : la mauvéine, première teinture de synthèse, est découverte par hasard en 1856 par le chimiste anglais William Henry Perkin, et c’est la découverte, dans les années 1860, de la réactivité à l’air de la paraphénylènediamine qui ouvre la voie aux colorants capillaires modernes — la première teinture capillaire de synthèse n’arrivant qu’en 1907. Quant à la Belle Époque, elle ne désigne pas une esthétique mais une période dont les historiens discutent le point de départ (1896 ou 1900 selon les auteurs) et dont la fin est fixée en 1914. PInspiration PinterestVoir les visuels « élégance, révolution, coiffures féminines » sur Pinterest →

À retenir #

  • Parler « des coiffures du XIXᵉ siècle » au singulier n’a pas de sens : la coupe courte de 1800 et la masse relevée de 1899 relèvent de logiques opposées.
  • La raie médiane et les cheveux couvrant les oreilles structurent tout le milieu du siècle, des années 1840 aux années 1860.
  • Le volume haut et le recours courant aux faux cheveux caractérisent les années 1870, et l’usage du postiche se généralise à partir de 1878.
  • La gravure de mode imprimée, puis la photographie d’atelier, sont les vrais moteurs de diffusion des formes capillaires.
  • Les innovations techniques datées — ondulation au fer attribuée à Marcel Grateau, casque séchant de 1888 — préparent les pratiques du XXᵉ siècle.

Questions fréquentes sur les coiffures féminines du XIXᵉ siècle #

Qu’est-ce que la coiffure « à la Titus » ?
Une coupe courte et dégradée, généralement bouclée, que la tradition dit popularisée en 1791 par l’acteur François-Joseph Talma. Portée d’abord par des hommes, elle est vite adoptée par des femmes ; en 1802, le Journal de Paris estimait que plus de la moitié des élégantes la portaient. Elle sort de la mode dans les années 1810.
Comment obtenait-on des « anglaises » ?
En enroulant une mèche sur la longueur d’un fer à friser fin, ce qui produit une boucle en tire-bouchon — le même résultat s’obtient avec des rouleaux ou en torsadant les cheveux humides. Ces boucles longues encadrant le visage sont caractéristiques de la fin de la période Regency et des années 1840.
Les femmes du XIXᵉ siècle portaient-elles des faux cheveux ?
Oui, et pas seulement dans les milieux fortunés : les coiffures hautes des années 1870 reposaient couramment sur des faux cheveux, et à partir de 1878 l’ajout de postiches devient d’usage dans toutes les classes sociales.
Quand la capote a-t-elle cédé la place au chapeau ?
Au cours des années 1860. Les capotes à bord haut, dites spoon bonnets, avaient dominé le milieu du siècle avant d’être supplantées par de petits chapeaux, portés dans les années 1870 perchés au sommet de la tête pour ne pas écraser la coiffure.
À quoi ressemble la coiffure de la toute fin du siècle ?
À une large masse de cheveux relevée et surmontée d’un chignon placé au sommet du crâne. Cette silhouette, installée à la fin des années 1890 sous l’influence de la Gibson Girl, restera dominante pendant la première décennie du XXᵉ siècle.

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